La campagne bretonne a perdu tous ses attraits depuis bien longtemps. Difficile d’y trouver aujourd’hui un paysage buccolique à couper le souffle, avec ses petites fleurs de printemps et ses ruisseaux, comme c’est par exemple le cas en Suisse normande. A l’horizon, des champs souvent remembrés, peu de forêts, peu de bocage mais souvent de laids silos ou bâtiments agricoles nous rappelant que le plan Marschal d’après guerre a fait de cette région l’un des plus importants greniers Européens.
L’agro alimentaire s’est développé depuis longtemps et, comme n’importe quelle région du monde peut le faire grâce aux hommes courageux, la production et l’élevage se sont développés non pas sur un critère de qualité mais sur le volume. Les conséquences ont été bénéfiques dans un premier temps lorsque, juste après guerre, la population a pu se nourrir grâce à ce développement industriel puissant. C’est incontestable. Mais, comme l’excès tue toujours, le piège s’est refermé ensuite, au début des années 90, avec un premier coup d’arrêt à ce développement causé par l’affaire de la vache folle qui a fait vasciller toute la filière bovine (on se souvient de l’affaire Guérin, abattoir costarmoricain de Tremorel, racheté dans la douleur par Intermarché par l’intermédiaire de la Société Vitéenne d’Abattage). Pas la moindre remise en cause de la production massive depuis, tout juste une vague notion de traçabilité n’allant toutefois pas jusqu’à l’alimentation des animaux même si celle-ci est réglementée.
Le cochon, si nourricier au premier abord, est le second piège de cette belle région. L’élevage industriel porcin, financé aisément par les banques attirées par des gains juteux, provoque non seulement des sinistres olfactifs aux alentours des bâtiments d’élevage mais pollue, malgré toutes les précautions qui y sont mises, la plupart de nos cours d’eau. Les Préfets successifs plient sous la pression de cette caste professionnelle dont la production intensive est la condition sine qua non de survie économique.
Je n’aborderai pas ici les pesticides, autres produits chimiques variés et déjections porcines efficaces qui sont épandus dans les champs fertiles. Inutile de vous préciser que si nos parents et grands parents ont pu se baigner dans leurs belles rivières, aujourd’hui, il n’est même plus question d’y tremper les pieds. Nous sommes bien loin du Tarn, de l’Ardèche ou de la Durance et nos stations d’épuration ne peuvent plus grand chose face aux quantités de nitrates, antibiotiques et autres poisons. En Bretagne, sauf exception, l’eau potable est consommée dans des bouteilles en plastique.
Les bassins versants regorgent de ces produits et les déversent jour et nuit dans toutes les zones humides qui constituent l’essentiel du territoire breton. C’est ainsi que nous voyons aujourd’hui se développer ce nouveau poison vert, qui recouvre par centaines de tonnes beaucoup de nos plages et qui, en fermentant, tue, nous le savons désormais, chiens ou chevaux et bientôt êtres humains imprudents, venus se promener face à la mer.
Notre littoral en revanche est sans doute l’un des plus beaux d’Europe, particulièrement dans les Côtes d’Armor, mais lorsque nous le quittons pour d’autres contrées, c’est désormais des regards de pitié qui nous accueillent face au sinistre bien connu qui nous afflige. “Vous avez un sacré problème en Bretagne ! L’eau polluée et tout ça… Les algues vertes, il paraît que c’est dangereux ! C’est dommage, c’est tellement beau !”
J’ai honte, oui, honte de devoir confirmer que c’est vrai et de laisser se faire menacer des bretons qui dénoncent par des agriculteurs qui déshonorent leur profession . Honte de dépendre à ce point de la marge au kilo et peur, peur d’être le témoin impuissant du premier décès humain.
Découvrez la photo que Yann, du blog “costarmoricain” a bien voulu me donner pour illustrer mon triste propos.
En vert, l’algue, en blanc, sa fermentation mortelle.
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nul a chier votre site
Bonjour Maryline,
Vous avez peut-être raison. Pouvez-vous me donner vos précieux conseils ?
“Le 12 juillet 2008, la mort de deux chiens sur une plage d’Hilion a relancé le débat de la nocivité des gaz émis lors de leur décomposition”, rappelle le préfet. Ces faits avaient conduit la préfecture à faire réaliser des autopsies par des laboratoires indépendants. “Aucun élément ne permet de dire que ces décès sont directement imputables à l’hydrogène sulfuré”, reconnaît Jean-Louis Fargeas. Mais c’est la mort d’un cheval sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, dans les Côtes-d’Armor, qui a suscité le plus d’interrogations
@princesse
Plus beaucoup de doutes aujourd’hui, beaucoup trop de certitudes, malheureusement.
La diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession n’est pas prête à accepter pour le moment
Merci pour ton commentaire Mariane,
Je pense que les agriculteurs sont au pied du mur sur le plan éthique et, plus persuasif, sur le plan économique. Le marché international va continuer à éliminer tous ceux qui continueront à privilégier le volume.
En effet, pourquoi acheter un produit breton quand on sait qu’il est à peu près le même que ceux de tous les concurrents, mais tout en étant plus cher ?
Le vendeur a besoin d’arguments : ou le prix, ou la qualité.
“S’adapter ou mourrir !”
Tout à fait d’accord.
C’est la triste réalité…
Oui, mais depuis quelques temps déjà , la Région Bretagne travaille dur pour trouver des mesures concrètes de prévention. En effet, aujourd’hui, agriculteurs, associations et politiques sont autour de la table pour y réfléchir, dans la concertation. Le temps n’est plus à la contestation mais bien à la construction. Un rapport sur les algues vertes a pu ainsi être présenté lors du vote budgétaire, il y a quelques semaines. Cela est très encourageant !
C’est sans doute la raison pour laquelle Jean-Yves Le Drian trouve si injuste cette nouvelle campagne publicitaire lancée par la FNE dévalorisant la région bretonne. Cette campagne arrive bien tard, au moment précis où on commence à avancer sur le sujet… Sachant qu’il faudra des années pour obtenir des résultats, quoi qu’on fasse.